Odilon REDON Posté le 12/12/2017 - Par Simone BLANES
Séance du 25 novembre 2017
Odilon REDON
Peintre - graveur symboliste et coloriste
(1840 – 1916)

Autoportrait 1867 Huile sur Bois Musée D'Orsay
Le peintre dont je vais vous parler cette fois-ci et qui, bien sûr, m'a été présenté par Louisa, est quelque peu atypique. Il va falloir vous accrocher car question noirceur, il se pose là ….. et pourtant … vous verrez la suite.
« L' ɶuvre aux Noirs »
Au dessus, de gauche à droite : « l'araignée qui pleure », « l'homme cactus », « l'araignée qui rit », « martyr » », « cyclope qui rit », « la bataille des os ».

Au dessus, de gauche à droite : « la fleur des marais, une tête humaine et triste », « l'ɶuf », « l'ɶil-ballon », l'esprit de la forêt ».
Le peintre nous livre ici un monde noir, fantasmagorique, peuplé de créatures étranges, entièrement issu de son imagination ou inspiré de la mythologie. Toutes ces toiles ont été réalisées au fusain ou sous forme de lithographie entre 1880 et 1895 environ.
Pour percer le mystère des œuvres de Redon, peut-être faut-il connaître un peu sa vie et surtout son enfance.
Il naît en 1840 à Bordeaux d'un père français et d'une mère créole d'origine française épousée en Amérique. Enfant fragile, souffrant de crises d'épilepsie, il est confié dès sa naissance à une nourrice puis à son oncle, à la campagne. Deuxième d'une fratrie de cinq enfants, il passe son enfance loin de sa famille et de ses frères et sœurs, entre Bordeaux et le domaine de Peyrelebade, près de Listrac dans le Médoc. Livré à lui-même, « en plein isolement de la campagne », il observe cette nature pleine de clairs-obscurs, de contrastes, d'ombres, propice à son imagination féconde. C'est là vers l'âge de 6 ans que ses premiers fusains verront le jour. Peut-on dire que cette enfance solitaire, avec pour unique occupation, le rêve, va influencer son ɶuvre ? Très certainement.
A l'âge de 11 ans, il effectue un pèlerinage au sanctuaire Notre Dame de Verdelais et en revient guéri. Il peut alors commencer sa scolarité. Il obtiendra un prix de dessin avant de savoir lire. Morose et inattentif, il gardera le souvenir « le plus triste et le plus lamentable de cette période ». Il décide d'être artiste et sa famille y consent.
A Paris, il fréquente Stéphane Mallarmé, Gérard de Nerval et commence à être reconnu en 1878, pour son premier album de lithographie intitulé « Dans le rêve ». Il se montre précurseur de la psychanalyse et cherche à travers ses rêves dans les profondeurs de l'inconscient.
« Mon œuvre est alors très forte, très noire, dictée sous l'emprise de mon inconscient » dit-il en 1898.
Car c'est en 1890 que l' ɶuvre de Redon bascule du noir à la couleur vers le culte de la nature, vers « le soleil, les fleurs et toutes les splendeurs externes».
« Redon se lassa de cette sorte d’enfer spiralant et noir où il s’était enfermé ; il éprouva le besoin de la lumière et monta vers la couleur comme vers un paradis.»
Est-ce bien le même peintre ? Quel revirement. La couleur explose, la douceur, la tendresse apparaissent dans ses nouvelles toiles. De pures merveilles pour cet éternel pessimiste. Il commence alors à utiliser le pastel et l'huile.
De fait, si son univers intérieur est tourmenté, sa vie quotidienne ne l'est pas. Odilon Redon a l'allure d'un bourgeois, mari fidèle d'une épouse discrète, qui lui donnera deux enfants. C'est par contre un événement familial qui explique, peut-être, en partie, ce brusque passage du noir à la couleur : la naissance de Arï, son deuxième fils, qui vient apaiser un peu la souffrance liée à la mort à 6 mois et demi, son aîné. Il retrouve le bonheur. Ses toiles se mettent à irradier de couleurs.
Quelques années plus tard, en 1895, il écrira au peintre Emile Bernard : "Je délaisse de plus en plus le noir. Entre nous, il m'épuisa beaucoup".
Au début des années 1900, Redon aborde l'art décoratif en réalisant des panneaux muraux pour des châteaux ou autres salons. Mais c'est à l'abbaye de Fontfroide, située au pied des Corbières, à quelques kilomètres de Narbonne qu'il va réaliser, pour décorer la bibliothèque, deux grands panneaux de 6,5 mètres de large et de 2 mètres de haut qui se feront face tandis qu'au-dessus de la porte sera placé un panneau d'un mètre de large. Ce sera la grande réalisation de Redon en matière de décoration.
Ci-dessus, les trois panneaux : le jour, la nuit et au dessus de la porte, le silence.
Peintre reconnu de son vivant, il obtint même la légion d'honneur en 1904, Odilon Redon occupe une très grande place parmi les peintres contemporains. Son ɶuvre est immense et cet article est vraiment qu'un aperçu très succinct. Je me suis juste attachée à vous montrer à travers ces deux périodes de la vie de l'artiste, que rien n'est jamais perdu et que l'on peut passer du pessimisme le plus noir à l'optimisme le plus coloré.
J'espère vous avoir donné l'envie d'en savoir un peu plus sur ce peintre hors du commun, qualifié souvent de « peintre du rêve ».
« J'ai fait un art selon moi. Je l'ai fait avec les yeux ouverts sur les merveilles du monde visible, et, quoi qu'on ait pu dire, avec le souci constant d'obéir aux lois du naturel et de la vie. » écrit-il en 1894, car ce peintre hors du commun était également écrivain.

